
Crédits Photos : Mr. Wright (Flickr.com)
Les difficultés que rencontre le Président américain Barack Obama à faire passer sa nouvelle réforme du système de santé pourrait bel et bien marquer son premier échec politique, et peut-être même le début de la fin des “Yes We Can !” et compagnie.
Rappelons qu’un autre Président, tout aussi jeune et ambitieux (Bill Clinton), s’était heurté seize années plus tôt aux hommes du Congrès et du Senat en voulant moderniser un système de santé extrêmement complexe, pour ne pas dire tentaculeux. Un obstacle qui avait refroidi inéluctablement ses élans réformateurs pour les sept années qui suivirent son entrée à la maison blanche.
Mais la question que tout le monde semble de poser est la suivante :
“Que diable veut faire Obama et qui met les politiciens américains de si mauvais poil ?”
Pour répondre à cette question il faut déjà comprendre le système de santé actuel, décrit ci-dessous en quelques chiffres :
Un système inégalitaire et onéreux
Aux Etats-Unis, près de 50 millions de personnes vivent sans couverture médicale. Ce qui signifie qu’en cas de soucis de santé, 16% de la population courent directement à la ruine. Pourtant, le système de santé américain est le plus coûteux au monde et engrange 18% du PIB !
Situation actuelle
Alors qu’en France – et au Maroc aussi – chacun cotise à l’assurance maladie, organisme géré par le patronat, les syndicats et l’Etat, qui rembourse au besoin les dépenses santé des assurés sociaux, aux Etats-Unis, soit vous bénéficiez d’un programme public, soit d’une assurance privée, soit d’une couverture payée par votre employeur (puisqu’un salarié n’y participe que partiellement).
- 25% des américains bénéficient donc des programmes publics qui coutent à l’Etat près de 4% du PIB. Le premier est Medicare destiné aux personnes âgées de plus 65 ans et aux invalides sans ressources, le second est Medicaid destiné aux pauvres et décliné en 50 programmes, un pour chaque Etat, et cofinancé par l’Etat fédéral.
- 60% de la population profite des assurances fournies par leurs employeurs, faisant partie intégrante de leur rémunération. Un système coûteux pour les entreprises et qui laisse planer les risques de pertes des avantages sociaux à la perte d’un emploi.
- 10% de la population s’octroie des assurances individuelles très couteuses.
- 16% des américains ne bénéficient d’aucune couverture médicale parce qu’ils ne sont pas assez pauvres pour pouvoir bénéficier du Medicaid et pas assez riches pour pouvoir s’assurer directement. Dans les grandes villes, ils peuvent être admis dans les hôpitaux publics, sinon ils doivent payer directement à leur admission leurs frais de santé, ce qui peut s’avérer très peu abordable.
L’ensemble constitue plus que 100% vu que certaines personnes bénéficient de deux types d’assurance maladie (assurances fournies par leurs employeurs et assurances individuelles).
Projet d’Obama
L’idée basique serait de créer un organisme public alternatif aux solutions actuelles destiné aux personnes sans couverture et aux employeurs. Un moyen d’économiser 2.000 milliards de dollars sur 10 ans, pour un coût de 1.000 milliards.
Tout ceci semble bien beau, d’où la deuxième question qui vient automatiquement à l’esprit :
« Si la réforme laisse présager plus d’égalité sociale, qui peut bien s’y opposer et pourquoi ? »
Les détracteurs d’Obama
En première ligne se tiennent les conservateurs antisocialistes (des organisations comme l’Americans for Prosperity, Freedom Works, Idependance Institute au Colorado…), des idéologues contre “l’obligation collective” qui estiment insensé de dépenser l’argent gagné à la sueur du front en faveur d’autrui.
Ils sont suivis de près par les assureurs privés effrayés par la concurrence d’un puissant organisme public, ainsi que les médecins et autres professionnels de la santé qui profitent du système actuel.
Les opposants politiques, républicains évidemment, ferment la marche. Pour éviter d’être évincé comme Clinton en 1993, Obama s’est contentée d’établir des principes généraux de réformes et de laisser au Congrès le soin de régler les détails et d’établir des propositions de loi. Une approche intelligente mais qui a rendu le projet de réforme flou et ambigu, une aubaine pour le camp adverse pour lancer une série de campagnes de désinformation.
Les amis d’Obama
Ils sont avant tout constitués des démocrates, des grands groupes industriels écrasés par le poids de la couverture maladie dans sa forme actuelle, de l’American Medical Association, des groupes hospitaliers, et partiellement de l’industrie pharmaceutique.
Actuellement et en principe, la Chambre des Représentants est d’accord pour un système d’assurance maladie public, reste au Congrès de mettre sur papier les détails de la réforme et aux autres politiciens démocrates de rédiger une proposition de loi de quelques milliers de pages d’ici le 8 septembre, avec pour date limite d’adoption Noël.
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Sources : La réforme du système de santé américain expliquée aux nuls (Rue89.com) – Etats-Unis : une réforme de la santé qui passe mal (LeMonde.fr)




















Merci pour cette article très instructif =)