Mohamed Erraji, jeune gadiri de 26 ans engagé et prônant des valeurs de liberté et de démocratie, entretient un blog personnel arabophone et participe à la rédaction du portail hespress.com en tant que correspondant à Agadir. Ses sujets de prédilection sont la politique, la société et les petits soucis de la vie du jeune adulte qu’il est. Jusqu’ici rien d’exceptionnel dans un pays où les journalistes en herbe abondent sur la toile, propulsés par la fièvre d’Internet et le changement d’ère que vit le Maroc.
Mais notre ami s’engage dans une voie dangereuse en reprenant un sujet de source incertaine sur un site connu pour son ses sujets à caractère sensationnel (à citer hespress.com) et ne mâche pas ses mots en accusant le Roi d’encourager les marocains à la dépendance, la paresse et l’assistanat. L’histoire est pourtant simple, le Roi Mohammed VI aurait offert à un agent de police sympathique qui loue les valeurs défendues par le Monarque une “grima” (mot dérivé d’agrément qui désigne une licence de transport).
Mohammed Erraji y voit une pratique critiquable héritée d’une époque dépassée. Elle dissuaderait les bénéficiaires de travailler et encouragerait les autres à rêver de donations royales. L’information publiée le mercredi 03 septembre fait écho et arrive aux oreilles de la justice marocaine, de plus en plus réactive…
Erraji est auditionnés par la police locale d’Agadir le jeudi 04, pour être rappelé à l’Hôtel de Police et y séjourner le week-end, avant de comparaître le lundi 08 devant le tribunal et écoper de 2 ans de prison ferme et de 5000 DH d’amende pour “Manquement au Respect du Roi” sans l’assistance d’un avocat vu les courts délais dont il a bénéficié.
Les blogueurs marocains se rallient à sa cause, certains critiquant l’absurdité des décisions de la justice marocaine, d’autres l’hypocrisie du pouvoir qui encourage la liberté d’expression en persécutant ses détracteurs. Reporter Sans Frontières, l’Association Marocaine des Droits de l’Homme et plusieurs publications internationales emboîtent le pas et réclament la libération de Mohamed Erraji. Les moins idéalistes y voient une tentative malheureuse et surtout maladroite qui a confondu Économie rentière et Charité en citant le président Bouteflika qui aurait dit : “Moi je ne distribue pas des bols de Harira mais des logements…“. Un choix argumentatif de très mauvais goût connaissant la conjoncture actuelle, selon Abdelkarim Chankou du portail e-Marrakech, qui rajoute en guise de réponse au parti pris du correspondant de la BBC à Rabat :
« Notre propos est de souligner que le correspondant de la BBC se trompe en trompant ses lecteurs. En écrivant que dans les pays développés “c’est le travail qui compense l’effort fourni et non les privilèges”, Sir James Copnall semble oublier qu’en France, pays avancé, on dénombrait au 1er juillet 2008, plus de trois millions de personnes touchant le RMI et autres minima sociaux sans travailler ? Au Maroc il n’y a pas de RMI. Il n’y a que Dieu et le Roi pour ceux qui n’ont rien. »
Intéressante prise de position, espérons juste que le dénouement de toute cette affaire sera heureux. Nous savons dors et déjà que la Cour d’Appel d’Agadir vient d’accorder aujourd’hui même la liberté provisoire au blogueur Mohamed Erraji. La poursuite n’aurait pas respecté certaines dispositions procédurales de fond prévues par le code de la presse, et le parquet a annoncé qu’il n’avait pas d’objection à ce que la liberté provisoire soit accordée au prévenu.



















